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Dans les bottes d’un fermier pour améliorer le sort des communautés rurales

En 2017, les Centraide de Prescott et Russell, d’Ottawa, ainsi que des comtés de Lanark et de Renfrew ont fait l’objet d’une fusion dans le but de favoriser la confiance, d’accentuer la voix de notre collectivité et de partager nos expertises. En 2019, nous annoncions notre nouveau nom : Centraide de l’Est de l’Ontario. 

Cette fusion nous permet de servir les communautés rurales et urbaines de notre région, de faire le point sur les ressources que nous pouvons utiliser et partager, ainsi que de célébrer la dualité de ces milieux en nous assurant d’avoir l’effet le plus palpable au sein de toutes nos communautés. 

En menant cette croisade, nous avons noué des centaines de partenariats qui nous permettent de réaliser notre mission, soit d’unir gens et ressources pour bâtir des communautés fortes, saines et sécuritaires pour tous et toutes. 

Nous avons collaboré pour diffuser une stratégie régionale visant à adresser les besoins des aidant·e·s naturel·le·s et nous avons augmenté la portée du counseling virtuel en matière de santé mentale, des services de soutien pour personnes âgées et des lignes d’écoute pour les femmes fuyant une situation de violence à domicile de sorte que les personnes vivant en milieu rural puissent avoir un accès équitable aux services sociaux essentiels. 

Par Agata Michalska 
Directrice des affaires régionales de Centraide de l’Est de l’Ontario 

À mesure que nous continuons de renforcer notre région, nous utiliserons les leçons apprises pour développer une stratégie qui nous permettra de mieux comprendre les communautés rurales et éloignées et de mieux communiquer le rôle de Centraide de l’Est de l’Ontario au sein de celles-ci.  
 
Nous avons bâti la fondation de cette stratégie en étudiant les questions clés suivantes en collaboration avec des spécialistes et au moyen des expériences vécues par certaines personnes :

Rural, ça veut dire quoi exactement?  

Statistique Canada classe les centres de population en trois groupes, en fonction de leur concentration démographique qui peut passer de 1 000 habitant·e·s à plus de 100 000 habitant·e·s. Il est difficile pour Centraide de se fier sur les données du recensement pour définir les milieux ruraux, car nous savons que la ruralité est établie en fonction des intérêts de ceux-ci.  

Selon la Rural Ontario Municipal Association (ROMA), le terme « intérêt rural » veut dire d’examiner les conditions uniques de ces communautés, comme l’accès aux éléments socio-économiques (revenu, éducation et emploi), ce qui constitue le facteur le plus important d’un secteur rural 

Cela veut dire que nous devons changer plus que l’aspect linguistique. Nous devons revoir les façons de mettre les communautés rurales – ainsi que leurs réseaux et leurs besoins – au premier plan.  

La mairesse Robin Jones, lors de la rencontre du Comité du développement des communautés en février 2022.

« Il est plus facile pour les centres urbains d’adopter des hypothèses sur leurs relations avec les communautés rurales que de voir ce qui s’y passe. La pertinence des communautés rurales dépend directement de ces hypothèses que nous devons éliminer. »

Centraide utilise les données appuyées par l’Eastern Ontario Regional Data Project, l’index de vulnérabilité des personnes âgées, l’Ottawa Neighbourhood Study et le Neighborhood Equity Index pour brosser un tableau des façons dont les communautés que nous servons diffèrent les unes des autres. Cet analyse, accompagnée de conversations avec des groupes communautaires et de ressources supplémentaires fournies par des partenaires, guide les approches collaboratives que nous adoptons, la recherche que nous menons, les programmes que nous subventionnons et la défense d’intérêts que nous assurons au niveau municipal, fédéral et provincial.  

Au cœur de tout cela, nous retrouvons des résident·e·s qui se fient sur nous : des membres de la communauté autochtone, des femmes et des filles, des membres de la communauté LGBTQ2S+, des personnes francophones, des personnes âgées, des personnes handicapées et des autres gens plus susceptibles d’être vulnérables en raison d’iniquités historiques et systémiques. 

Sur quels enjeux devrions-nous nous concentrer?  

Le travail de Centraide se concentre sur l’équité. Nous souhaitons assurer l’équité de toutes les personnes, peu importe leur race, leur sexe, leurs aptitudes, leurs études, leurs expériences de travail – ou, dans ce cas-ci – l’endroit où elles vivent. L’endroit où nous vivons ne devrait pas définir la qualité de notre vie. 

Les personnes vivant en milieu rural font face à de nombreux défis uniques qui affectent leur vulnérabilité. C’est notamment le cas des options de transport rares et de longue distance pour les personnes âgées qui doivent se rendre à des programmes de jour; d’un accès Internet non fiable pour les enfants qui assistent à leurs cours virtuellement; et l’absence de refuges et de logements abordables pour les jeunes itinérants. 

Le mot clé, ici, c’est « accès ». Nous avons délimité certains domaines sur lesquels nous souhaitons nous concentrer, pas parce qu’il s’agit d’enjeux, mais bien en raison de l’accès limité : 

  • Les personnes vivant en milieu rural ont plus de difficulté à maîtriser une situation d’insécurité alimentaire en raison d’un manque d’accès aux épiceries et de problèmes de mobilité. 
  • Selon les estimations, 1 Canadien·ne·s sur 8 souffre d’insécurité alimentaire, ce qui veut dire que les gens n’ont pas un accès adéquat aux aliments, notamment en raison de contraintes financières. L’insécurité alimentaire diffère d’une personne à l’autre. Il peut s’agir de sauter des repas pour s’assurer que les enfants ont le ventre plein; acheter les aliments les moins chers et les moins sains pour se mettre quelque chose sous la dent; ou passer plusieurs journées sans manger pour payer ses factures. 
  • L’accès aux programmes parascolaires ou aux activités d’apprentissage en milieu rural est influencé par l’accès aux services de transport, à la connectivité numérique et aux ressources disponibles; ces défis empêchent les enfants des communautés rurales d’avoir le même accès aux ressources que les enfants des communautés urbaines.  

  • Dans les communautés rurales que nous servons, le pourcentage de personnes âgées entre 25 ans et 29 ans qui ont obtenu leur diplôme d’études secondaires est plus faible que celui des centres urbains ontariens. 
  • Les communautés rurales ont constamment des taux de chômage plus élevés que les milieux urbains. 

  • Les emplois – les types d’emploi et les salaires – sont différents en milieu rural; les résident·e·s des communautés rurales disent vivre beaucoup de stress lié au travail.  

  • Les résident·e·s de communautés rurales qui se situent dans la tranche de revenu moyen inférieur dépensent plus que leur revenu avant impôt sur un logement et leur sécurité alimentaire que les personnes vivant en milieu urbain. 
  • Bien que Centraide ne s’implique pas largement dans ce domaine, nous nous soucions des déterminants de santé, qui travaillent en amont pour prévenir des problèmes de santé futurs.  
  • Selon le Profile of Wellbeing in Rural Ontario, moins de résident·e·s en milieu rural ont qualifié leur état de santé général de très bon ou d’excellent comparativement aux personnes vivant en milieu urbain. Le pourcentage de personnes qui ont des troubles de santé limitant leur participation aux activités est aussi supérieur à celui en milieu urbain, ce qui affecte leur bien-être social. 
  • Il y a un manque d’accès aux ressources et aux services spécialisés, et les gens doivent souvent se déplacer vers les milieux urbains pour consulter des spécialistes. 

  • La beauté des petites communautés rurales est la connexion humaine et le resserrement des communautés. Tout le monde se connait. Lorsque les ressources sont disponibles, les gens – qui veulent protéger leur confidentialité – pourraient se déplacer pour obtenir des services de soutien.  

 

Obstacles à prendre en considération en songeant à l’accès aux services ruraux : 
  1. Services de transport : les personnes vivant en milieu rural ont besoin d’un véhicule fiable pour accéder à des services essentiels et pour interagir avec les autres. Sans options de transport abordables et flexibles, plusieurs résident·e·s sont isolé·e·s ou ont une santé précaire. 

  2. Équité numérique : Plusieurs résident·e·s des communautés rurales et éloignées n’ont pas accès à une connexion Internet fiable, rapide et de haut débit ou à des dispositifs numériques. Ils et elles pourraient également ne pas comprendre comment utiliser efficacement et sécuritairement les dispositifs technologiques et les outils d’information. En d’autres termes, plusieurs personnes ont un accès limité aux services essentiels et aux activités en ligne, comme les soins de santé, l’éducation et l’emploi. 

  3. Navigation des systèmes : La distance intrinsèque de la ruralité affecte la façon dont nous partageons les renseignements et dont les résident·e·s sont mis·e·s au courant des ressources disponibles. Le partage informel des renseignements a gravement été affecté par la pandémie, puisqu’il était impossible de se rendre sur place. Les gens doivent donc se fier davantage à la technologie, à Internet ou aux communications directes des agences de services sociaux. 

Comment mieux servir les personnes dans le besoin lorsqu’il n’y a pas d’approche unique?

Pour avoir un effet durable et important au sein des communautés rurales et éloignées, il faut comprendre une chose : les communautés rurales sont uniques; elles sont fondamentalement différentes des grands centres de population. Les approches que nous adoptons avec succès au centre de la ville d’Ottawa pourraient être vouées à l’échec dans les communautés d’Alfred et Plantagenet, de Killaloe ou de Carleton Place. 

Tout d’abord, chaque secteur est géré différemment. Nous comptons 35 municipalités dans la zone de desserte de Centraide de l’Est de l’Ontario et 34 d’entre elles sont classées comme étant « de palier inférieur », gérées conjointement par les cantons, les villes, les villages et les municipalités des comtés unis de Prescott et Russell, du comté de Lanark, ainsi que du comté de Renfrew. La ville d’Ottawa, quant à elle, est unique – elle est considérée une municipalité à palier unique, car elle est gérée par une administration municipale 

Cette affirmation confirme une deuxième vérité : les choses changent différemment en milieu rural.

Eva Oloumi, lors de la rencontre du Comité du développement des communautés en février 2022.

Eva Oloumi, fondatrice de Paradiegmaune agence de consultation qui aide les organismes axés sur une mission à aborder les problèmes qui semblent insurmontables nous aide à adresser ces défis

« Générer un changement en milieu rural et éloigné est difficile à faire au moyen des modèles de communication hiérarchique traditionnels. Il est plus avantageux de penser à une communauté comme un réseau organique. »

Les gens se fient moins à la coordination ou la communication centralisée liée aux activités quotidiennes, et sont probablement plus susceptibles d’être des spécialistes de l’entrepreneuriat, explique Eva. C’est la raison pour laquelle nous utilisons des approches axées sur la collaboration pour mobiliser les parties prenantes rurales. 

Eva, qui collabore avec Centraide pour animer des conservations dans les communautés de Prescott et Russell pour améliorer la résilience de l’écosystème alimentaire local, a constaté de première main l’importance des changements de mentalité lorsque nous tentons de régler les causes profondes des problèmes sociaux complexes auxquels les communautés rurales font face. 

« Entraîner un changement rural, c’est très personnel. Ce n’est pas d’un sous-groupe de personnes qui prennent des décisions pour l’ensemble de la ville et qui affectent les résident·e·s plus éloigné·e·s que vous. Nous parlons souvent de leur famille, leurs ami·e·s ou leurs voisin·e·s. » – adaptation des propos d’Eva Oloumi 

Conseil d’Eva : penser comme un·e fermier·e

« Au lieu de contrôler les résultats, nous devons essayer de saisir le bon contexte pour changer les choses, » explique-t-elle.

Habituellement, nous montrons aux gens de résoudre des problèmes en pensant à eux comme des « réseaux en étoile », des problèmes linéaires, ou des relations cause à effet.

« Les fermier·e·s et les gens les plus près de la terre savent que tout est relié. La survie de toute chose repose sur une autre. Le changement ne s’applique pas au scénario, mais plutôt au flux de communication et d’information. »

Donc, si vous devez instaurer un climat plus susceptible de créer le changement désiré, pensez à une tranche de pain au levain maison : il faut mélanger tous les bons ingrédients, s’assurer que l’eau est à la bonne température, laisser la levure fermenter et laisser chaque ingrédient faire sa petite affaire.

Le concept du réseau en étoile d’un développement économique fait valoir qu’une grande zone urbaine devrait agir à titre de responsable de la croissance économique, qui est ensuite transmise aux communautés périphériques plus petites. L’hypothèse? La plus-value des placements des secteurs urbains plus grands sera déversée dans les communautés rurales avoisinantes.

Les réseaux en étoiles : chose du passé

L’un des aspects les plus importants constaté dans toutes nos discussions avec les spécialistes ruraux, c’est que l’établissement de relations constitue une partie essentiel du travail en milieu rural.

« Il faut éduquer et engager tous les segments de la communauté; permettre aux participant·e·s de faire avancer le programme; écouter leurs histoires; mieux connaître les besoins et les désirs changeants de la communauté; et s’y adapter. »

Nos partenaires estiment que nous devons continuer de renforcer la capacité, en créant des espaces où épouser le changement, en agissant à titre de facilitateur, en consacrant des ressources, en établissant des liens et en priorisant les conversations qui renforcent les communautés rurales. En étudiant les besoins ruraux et les solutions, nous devons toujours mettre les communautés au premier plan et abandonner le modèle des réseaux en étoile.

« Les communautés rurales ontariennes contribuent plus de 300 milliards de dollars chaque année au produit intérieur brut. Nous devons évoluer en symbiose, en tant qu’habitant·e·s de municipalités rurales, qu’employé·e·s et que résident·e·s, de faire comprendre au gouvernement que nous devons sortir des sentiers battus et de faire des réseaux en étoile une chose du passé. Réussir en milieu rural ontarien, c’est de simplifier le tout et de comprendre que nous sommes responsables de la prestation des services. » – adaptation des propos de Robin Jones, présidente de la ROMA

La mairesse Robin Jones nous a également rappelé que lorsqu’un·e bon·ne maire·sse et de bon·ne·s conseiller·e·s du coin siègent au conseil de la ROMA, nous mettons leurs connaissances à profit lorsque vient le temps d’adresser les défis systémiques, comme les règlements provinciaux qui nous empêchent d’offrir des initiatives rurales créatives. « Nous ne devons pas rater ces occasions, » dit-elle.

Il est excitant d’avoir un effet positif dans les communautés et les quartiers qui me tiennent à cœur, particulièrement en tant qu’employée de Centraide et de résidente des comtés unis de Prescott et Russell. Je remercie nos partenaires spécialisés des communautés rurales de Prescott et Russell, d’Ottawa, ainsi que des comtés de Lanark et de Renfrew, d’être prêts à partager leurs connaissances et leurs expériences. Je me réjouis à l’idée de poursuivre nos conversations à mesure que nous accomplissons cet important travail.

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