Heather a quitté la maison familiale pour la première fois à l’âge de 12 ans. Maintenant dans la cinquantaine, elle se rappelle de l’incident :
« Je m’étais querellée avec ma mère. J’avais besoin de sortir et j’ignorais où aller. Je marchais le long de la route, sans plan. »
Heather a grandi dans une petite communauté rurale du sud de l’Ontario, dans les années 1970 et 1980. Ses parents étaient aux prises avec de graves troubles de santé mentale persistants et des problèmes de dépendance. Elle a vécu des conflits familiaux et de la maltraitance.
La première fois, elle est partie pendant trois jours.
La deuxième, quelques semaines…
Après, pendant plusieurs mois.
Elle a connu une telle instabilité pendant trois ans.
Elle explique qu’elle revenait chez ses parents à cause des autorités ou « parce que c’était trop dur d’être seule. »
Prise entre l’arbre et l’écorce, Heather ajoute qu’elle revenait, par moments, parce qu’elle avait faim et froid, et qu’elle pensait que les choses iraient mieux.
Elle s’est beaucoup déplacée pendant ses années d’itinérance, ayant dormi sur le divan de gens qu’elle connaissait, sous une tente, dans les bois, et même dans les rues d’une grande ville voisine.
« J’ai dû faire des choses très difficiles pour survivre. Ma maison familiale était tellement instable et violente… Tellement en proie à des problèmes de santé mentale que j’ai pensé qu’il serait plus prudent de partir, » avoue-t-elle.
Une carrière, une incidence permanente
Depuis quelques années, Heather Dobson occupe le poste de responsable des relations humaines chez Centraide de l’Est de l’Ontario. Ce mois-ci marque non seulement son départ à la retraite, mais aussi le début de la campagne Saisir le moment pour mettre fin à l’itinérance chez les jeunes de Centraide.
« Je termine ma carrière et je réfléchis à l’effet positif que j’ai eu. Je vois la communauté s’engager dans la lutte contre l’itinérance chez les jeunes comme jamais auparavant. Le cycle se ferme. C’est le bon moment de partager mon histoire et d’encourager la population à mettre fin à l’itinérance chez les jeunes. Je veux que l’on sache que lorsqu’on investit dans la jeunesse et qu’on fait vraiment quelque chose pour l’aider, qu’on investit dans la prochaine génération, » déclare Heather.
Plus de 1 200 jeunes vivent dans les rues d’Ottawa chaque année.
Heather affirme avoir vécu dans la rue plus jeune. « C’était une période difficile de ma vie qui m’a aussi permis de devenir une personne très empathique. Cela m’a aidé à me motiver et j’ai réalisé que tout le monde a une histoire cachée. »
« Je veux que la communauté sache quelque chose : les jeunes qui luttent aujourd’hui sont des personnes méritant amour, respect et attention. Sachez qu’il y a du potentiel derrière chaque enfant que l’on croise dans la rue. »
Heather Dobson
Heather a entamé sa carrière en tant que conseillère à la jeunesse avant de se réorienter vers les ressources humaines. Cette sommité certifiée et dotée d’une riche formation a dirigé la stratégie en matière de culture et de personnel de Centraide, y compris, entre autres, les travaux d’apprentissage et de développement, ainsi que les efforts d’équité, de diversité, d’inclusion et d’appartenance de l’organisme.
Heather est mariée, mère de deux enfants et heureuse grand-mère de quatre petits-enfants.
Elle se remémore, ce mois-ci, tout ce qu’elle a dû faire pour en être là où elle en est aujourd’hui.
Son moment décisif
« À environ 16 ans, j’ai fini par rentrer chez moi. Une amie très proche venait de mourir. Elle avait fait une surdose d’alcool et de drogues. La regarder mourir, c’était un moment décisif pour moi. Je ne voulais pas finir comme ça, » dit-elle.
Après la mort de son amie, Heather ne savait pas ce qui était plus sûr entre la rue et la maison familiale. Beaucoup avait changé chez elle pendant son absence et elle se sentait capable d’y retourner.
« Je savais qu’il devait y avoir un meilleur moyen, » explique Heather.
« Bien qu’encore difficile, le soutien d’une nouvelle école et d’une nouvelle enseignante a fait toute la différence. C’était mon filet de sécurité. »
Elle se souvient avoir beaucoup souffert. « Je ne me sentais pas vraiment à ma place parmi celles et ceux qui, selon moi, étaient plus intelligents et privilégiés dans le programme pour surdoué(e)s de ma nouvelle école, que j’ai jointe le jour de mon 16e anniversaire. » Elle s’est dit “Non, je m’en vais! Je ne suis pas à ma place!”
Heureusement, son enseignante ne l’a pas laissée partir.
Elle lui a dit : « Tu as ta place ici. Je crois en toi. Je t’accompagnerai étape par étape si tu me laisses t’aider à réussir. » Heather dit qu’elle a vu en elle des choses qu’elle ne voyait pas.
Ensemble, nous pouvons mettre fin à l’itinérance chez les jeunes
Centraide de l’Est de l’Ontario s’attaque aux problèmes sociaux complexes en trouvant des solutions axées sur la prévention qui changent la donne à long terme. Grâce à des donatrices et donateurs, les jeunes reçoivent du soutien en santé mentale, se rapprochent de leur famille et harmonisent des relations compliquées. Ils participent à des programmes pour renforcer leurs compétences en communication et en gestion de conflits pour faire face à des circonstances difficiles, puis améliorer leurs possibilités d’apprentissage pratique, comme la gestion de l’argent, la recherche d’un logement et la poursuite des études.
« C’est exactement le type d’aide dont j’avais besoin. Ce soutien peut absolument changer la vie des jeunes. Ça a changé la mienne, » déclare Heather.
En juin, les dons effectués dans le cadre de la campagne Saisir l’occasion de Centraide seront triplés grâce à la générosité de la Fondation de la famille Turnbull.
Heather affirme qu’elle sait « que bon nombre de personnes dans nos communautés traversent des moments difficiles en ce moment, mais je crois vraiment que chaque dollar compte. C’est pour ça que je suis si fière de terminer ma carrière chez Centraide. C’est aussi la raison pour laquelle je donne à l’organisme. »
« C’est exactement le type d’aide dont j’avais besoin. Ce soutien peut absolument changer la vie des jeunes. Ça a changé la mienne, »
Heather Dobson
Elle ajoute qu’elle a « toujours cru à chaque aspect du travail de Centraide. » Mais de terminer sa carrière et de voir l’engagement de la communauté pour mettre fin à l’itinérance chez les jeunes? « Ça me donne espoir et confiance en l’avenir. »