Le soutien lors de la rentrée scolaire exige une approche holistique

La pandémie n’a pas été facile pour les enfants. Lorsque les écoles ont été fermées au printemps, nous avons commencé à voir que les jeunes avaient besoin d’avoir des contacts en personne. Ils s’ennuyaient de leurs amis et, dans les maisons où il y avait des conflits familiaux, les enfants se sentaient déconnectés des adultes de confiance avec qui ils pouvaient partager leurs frustrations. 

« Tous nos étudiants éprouvent un certain sentiment de perte, peu importe s’il s’agit de la perte de leurs pairs, de l’apprentissage, des liens qu’ils établissent avec des adultes attentifs, du revenu, d’une stabilité à domicile ou de l’approvisionnement en nourriture. »

Brett Reynolds, directeur associé de l’éducation, Ottawa-Carleton District School Board, réunion de juin 2020 du groupe de discussion communautaire. Tweet

Maintenant que les enfants et les familles commencent la nouvelle année scolaire alors que la COVID-19 est toujours un risque, nous apprenons tous à naviguer dans la nouvelle réalité de la rentrée scolaire.

Tout cela s’accompagne d’une couche de stress et d’anxiété ; un stress qui a le pouvoir de submerger des familles entières et qui peut poser certains risques que nous devons gérer correctement. Les enfants, en particulier ceux qui se trouvent dans des situations plus vulnérables, sont confrontés à des défis uniques qui pourraient contribuer à ce stress et avoir des répercussions à long terme sur leur éducation ou leur bien-être. 

Ces défis prennent de nombreuses formes. Certains enfants ne pourront pas compter sur les collations nutritives offertes pendant les programmes parascolaires, de nombreux enfants n’auront pas accès aux services de counseling et aux activités récréatives sur lesquels ils comptent, et certains n’ont pas la technologie nécessaire pour faire leurs devoirs. 

Il y a de nombreuses questions sur la façon dont nos communautés peuvent atténuer ces difficultés pour les enfants vulnérables. Chez Centraide, nous avons travaillé fort avec nos partenaires pour trouver des pratiques exemplaires afin de réduire les problèmes de santé mentale qui peuvent survenir à tout moment en raison de notre nouvelle réalité. 

Qu’est-ce que le stress toxique et pourquoi est-il important d’en tenir compte ? 

En 2019, Centraide a publié un article intitulé « Les enfants d’Ottawa sont-ils stressés ? », qui examinait le stress toxique et son incidence sur les enfants de la région grâce à l’analyse des données et les principales observations du Dr Paul Rumeliotis, médecin hygiéniste et chef de la direction du Bureau de santé de l’est de l’Ontario.   

Nous subissons tous un certain stress dans notre vie, et tous les types de stress ne sont pas mauvais pour nous. Le stress toxique est différent. Il est déclenché par des situations d’abus, de négligence, de pauvreté extrême, de violence, de dysfonction familiale et de pénurie alimentaire [i]. De telles situations peuvent nuire à la santé mentale et physique à long terme.

Nous ressentons le stress toxique lorsqu’il y a activation prolongée de la réaction au stress. Dans une situation de stress toxique, il y a un manque de soutien de l’aidant, de réassurance et d’attachement affectif, des éléments qui empêchent l’effet tampon de la réponse au stress et le retour des fonctions normales du corps.

Dans bien des cas, le stress toxique a été provoqué ou aggravé par la pandémie. Les enfants doivent composer avec leurs propres peurs et incertitudes, tout en voyant leurs parents et leurs aidants en difficulté.

La recherche a démontré que les expériences négatives vécues au cours des premières années d’un enfant, comme celles qui résultent d’un stress toxique, nuisent au développement du cerveau et peuvent avoir des répercussions durables. [ii]

Les facteurs de stress supplémentaires liés à la crise de la COVID-19 sur les familles racialisées

Pour de nombreuses familles vulnérables, le stress toxique est déjà présent dans leur vie. Compte tenu des facteurs de stress supplémentaires liés à la crise de la COVID-19, de nombreux enfants vulnérables risquent davantage de prendre du retard. Il est particulièrement important de garder ce fait à l’esprit lorsqu’on pense aux jeunes racialisés et marginalisés de nos communautés. Ces populations font déjà face à de plus grands risques, et le fait que les enfants prennent de plus en plus de retard pourrait entraîner des problèmes de justice raciale potentiellement plus graves. 

« Nous savons que les enfants racialisés sont plus susceptibles d’être identifiés comme ayant un trouble d’hyperactivité avec déficit de l’attention (THADA) et d’autres problèmes comportementaux, alors à quoi cela ressemblera-t-il ? Comment cela se manifestera-t-il à la maison et dans la communauté ? Comment cela se passera-t-il à long terme ? Nous savons que beaucoup d’expériences vécues dans l’enfance peuvent avoir des ramifications à l’âge adulte », déclare Shannon Black, gestionnaire de programme à la Maison communautaire Britannia Woods.

« Nous savons que la société ne comprend pas certains groupes d’individus et la façon dont ils manifestent leurs besoins émotionnels et sociaux », ajoute-t-elle.

« À mesure que les enfants racialisés vieillissent, leur comportement sera présenté de façon très négative sans comprendre ni prendre en considération que ces comportements sont des vestiges des disparités de besoins qu’ils traversent actuellement. Ces comportements sont enracinés dans le manque lié à la santé mentale et non dans la criminalité. Mais en raison de la nature de nos systèmes, les personnes noires seront criminalisées à outrance en conséquence. »

Comment atténuer le stress toxique pour les familles vulnérables ?
La solution commence avec les parents.

Joanne Boyd, formatrice au Centre de ressources pour les parents ainsi que formatrice et éducatrice auprès des parents, affirme que « l’une des choses que nous savons au sujet des enfants, c’est qu’ils ont besoin d’un adulte calme, attentionné et réceptif pour se coréguler, et c’est ce qui mène à l’autorégulation, à de meilleurs comportements et à l’adaptabilité. L’idée d’aider les parents à rester calmes et à gérer leur stress afin qu’ils puissent servir de tampon pour leurs enfants est donc vraiment importante. »

« La qualité des interactions parent-enfant est affectée par le stress que le parent ressent. Donc, si vous avez une famille vulnérable qui a des inquiétudes au niveau de la sécurité alimentaire, du logement et de l’emploi et qui essaie d’enseigner virtuellement à six ou sept enfants avec seulement deux ordinateurs portatifs et qui n’a pas accès à un réseau Wi-Fi fiable, c’est un problème. Nous devons prendre du recul et réfléchir au type de soutien que nous pouvons mettre en place pour régler ce genre de problèmes. »

Joanne Boyd, Centre de ressources pour les parents

Selon Michael Hone, du Crossroads Children’s Mental Health Centre, si on ne s’occupe pas de cet élément holistique pour les jeunes enfants et même les adolescents, ce qui se produit habituellement, c’est que les enfants vivent un stress chronique parce que leurs besoins fondamentaux n’ont pas été satisfaits. 

« Tout cela a un impact direct sur le développement de l’enfant dans le contexte de son cerveau. Cela entraîne des difficultés à l’école », dit-il. 

D’après les experts communautaires, il est clair que le soutien holistique est essentiel. En veillant à ce que les besoins primaires des parents soient satisfaits, c’est-à-dire la sécurité alimentaire, la sécurité du logement, les possibilités d’emploi, le soutien technologique et la stabilité financière, nous pouvons libérer de l’espace dans la vie des parents pour qu’ils se concentrent sur les besoins et le bien-être de leurs enfants pendant cette transition du retour à l’école. 

En continuant d’appuyer une approche holistique qui englobe les besoins fondamentaux des parents et des familles, comme les programmes de repas, les demandes d’aide financière, les services de santé mentale, les logements subventionnés et l’aide à l’emploi, nos communautés peuvent s’assurer que le poids du stress sur les enfants est réduit et que les répercussions à long terme de la crise de la COVID-19 n’affectent pas négativement leur éducation. 

L’importance de la réussite scolaire d’un enfant

En l’absence de programmes de collations saines, d’aide aux devoirs après l’école, d’activités récréatives et de programmes sociaux tout au long de l’année, les jeunes des quartiers à faible revenu sont plus susceptibles de décrocher de l’école, ce qui perpétue le cycle de la pauvreté. Avec l’apparition de la pandémie de la COVID-19 et la façon dont elle a accentué les disparités auxquelles de nombreuses familles vulnérables sont déjà confrontées, il est important que nos communautés continuent d’offrir un soutien aux familles de la meilleure façon possible.

Dans certains quartiers d’Ottawa, près de 50 % des enfants commencent l’école sans avoir de base d’apprentissage adéquate, ce qui est un problème qui ne fera qu’être exacerbé par la crise de la COVID-19. Dans nos régions rurales, l’accès à Internet à domicile peut ne pas être fiable pour les jeunes élèves, sans parler des coûts liés à un tel service pour les familles. Sans soutien, les enfants vulnérables risquent de prendre du retard.

« Nous devons travailler ensemble en tant que système, pour que les enfants puissent retourner à l’école et que les parents soient soutenus. Nous devons avoir une approche globale du système. Nous [différents secteurs sociaux] sommes peut-être spécialisés dans un domaine, mais à l’heure actuelle, nous devons vraiment intégrer les divers soutiens offerts aux familles. Il est important de pouvoir dire “Je connais quelqu’un qui peut vous fournir un habit de neige ou un nouveau sac à dos pour l’école”. »

Joanne Boyd, Centre de ressources pour les parents

La participation à des activités scolaires améliore les notes des élèves, leur estime de soi, leurs compétences en leadership et leurs compétences pour une future carrière, ainsi que leurs relations avec leurs pairs et les adultes, ce qui, en fin de compte, améliore les taux de graduation. En l’absence d’un grand nombre de soutiens scolaires, il est important de trouver de nouvelles façons d’appuyer les jeunes dans nos communautés, et cela commence par les parents.

Où se situe Centraide

C’est grâce à ces connaissances que les communautés de l’Est de l’Ontario saisissent mieux l’esprit du soutien holistique pour les familles aux prises avec les réalités de la pandémie. 

Depuis plusieurs mois, Centraide de l’Est de l’Ontario réunit des représentants des autorités de santé publique, des municipalités, des organismes de services sociaux de première ligne, des entreprises partenaires et de nombreux autres intervenants afin de soutenir les personnes les plus vulnérables aux effets de la crise de la COVID-19. Au printemps, nous avons réuni les membres de ce groupe de discussion pour discuter de la façon dont la crise de la COVID-19 a eu une incidence encore plus grande sur les communautés vulnérables, en particulier les communautés racialisées et sexospécifiques. 

En tenant compte du genre, de la race, de la sexualité, de la situation géographique ou socioéconomique d’une personne, nous avons une meilleure idée des risques auxquels elle fait face et, en retour, du soutien dont elle peut avoir besoin. Nous pouvons appliquer ces mêmes idées à la façon dont nous envisageons le soutien aux parents qui entament une nouvelle année scolaire avec leurs enfants. 

Grâce à nos donateurs et en partenariat avec le Fonds de soutien communautaire d’urgence, nous avons été en mesure d’appuyer d’innombrables programmes dans l’Est de l’Ontario qui veillent à répondre aux besoins fondamentaux des parents et des enfants, à réduire le stress et à accroître le bien-être de familles entières.

Avec nos partenaires, nous avons travaillé pour :

– le renforcement des lignes d’écoute téléphonique adaptées à la culture, des soutiens en santé mentale et des services de navigation dans le système grâce à des initiatives comme Counselling Connect

– veiller à ce que les gens aient accès aux incontournables, comme la nourriture, par le biais de programmes de paniers alimentaires fournis par différents partenaires dans toute la région

– aider les nouveaux arrivants et les réfugiés à comprendre et à naviguer dans des systèmes qu’ils ne connaissent pas, surtout en période de crise, grâce à des services de logement et d’établissement

– soutenir les familles à travers les défis posés par l’apprentissage en ligne, grâce à des programmes comme les soutiens virtuels pour les « parents en tant qu’enseignants »

– offrir aux femmes et aux enfants autochtones qui fuient la violence une porte de sortie, grâce à notre partenariat avec le Minwaashin Lodge et des initiatives comme le Programme ontarien d’intervention en cas de partenaires violents

– la distribution d’ÉPI et de masques faciaux non médicaux aux populations vulnérables, et bien plus encore.

Centraide de l’Est de l’Ontario a réussi à faire en sorte que les familles reçoivent le soutien dont elles ont besoin.  

Puisque ces récentes décisions de retour à l’école ont été extrêmement difficiles pour les parents, Centraide de l’Est de l’Ontario a travaillé fort pour renforcer les services communautaires alors que nous passons à la prochaine étape de ce parcours au sein de la crise de la COVID-19, en veillant à ce qu’aucune famille, parent, ou enfant, ne passe entre les mailles du filet.  

Les besoins continueront d’évoluer. Vous pouvez vous assurer que les familles obtiennent le soutien dont elles ont besoin durant cette année scolaire.

[i] Franke, H. A. (2014). Toxic Stress: Effects, Prevention and Treatment. Children (Basel, Switzerland). 1(3); 390-402. Center on the Developing Child, Harvard University. doi:10.3390/children1030390. Repéré à https://developingchild.harvard.edu/science/key-concepts/toxic-stress/. Consultez aussi Gunnar, M. R., Herrera, A. et Hostinar, C. E. (2009). Stress et développement précoce du cerveau. University of Minnesota, É.-U. Encyclopédie sur le développement des jeunes enfants. Repéré à http://www.enfant-encyclopedie.com/cerveau/selon-experts/stress-et-developpement-precoce-du-cerveau.

[ii] Franke, H. A. (2014). Toxic Stress: Effects, Prevention and Treatment. Children (Basel, Switzerland). 1(3); 390-402. Center on the Developing Child, Harvard University. doi:10.3390/children1030390. Repéré à https://developingchild.harvard.edu/science/key-concepts/toxic-stress/.

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