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Mise à jour communautaire : des problèmes de rétention du personnel et des bénévoles exercent des pressions sur le secteur

La pandémie perdure depuis plus de deux ans et les organismes qui viennent en aide aux personnes les plus vulnérables de nos communautés continuent d’être mis à rude épreuve.  

Les travailleurs et travailleuses du secteur sans but lucratif quittent en grand nombre et de nombreux organismes sont à bout de souffle à mesure que la demande de services continue d’augmenter.  

D’après le Rapport sur les dons 2022 de CanaDon, 25 % des Canadien(ne)s donneront mois en 2022 qu’en 2021, alors que 26 % des Canadien(ne)s prévoient utiliser (ou utilisent déjà) des services caritatifs pour répondre à des nécessités de base.  

Depuis février 2020, le Groupe de discussion communautaire en réaction à la COVID-19 de Centraide de l’Est de l’Ontario assume plusieurs rôles. Ce groupe composé de plus de 100 membres d’autorités de santé publique, de municipalités, d’agences de services sociaux de première ligne, de partenaires communautaires et d’autres parties prenantes qui ont pour objectif commun d’appuyer les personnes à mesure qu’elles font face aux répercussions de la COVID-19. Nous collaborons constamment avec les agences et les organismes pour envisager rapidement des solutions novatrices aux défis les plus pressants de nos communautés. 

Les employé(e)s et les bénévoles sont à bout de souffle en raison de la crise qui aggrave les difficultés qui existaient bien avant le début de la pandémie. Lors de sa dernière rencontre, le Groupe de discussion communautaire a étudié les raisons pour lesquelles les ressources humaines du secteur des services sociaux sont mises à dur épreuve (et pourquoi c’est le cas) et les façons dont nous pouvons répondre aux besoins continus du secteur.  

Les façons dont la crise des ressources humaines affecte le secteur sans but lucratif 

Depuis l’automne 2021, l’Ontario Nonprofit Network (ONN) a eu l’occasion d’entendre le point de vue d’organismes caritatifs et sans but lucratif sur les difficultés en matière de recrutement et de rétention du personnel qu’ils ont rencontrées pendant la pandémie.  

Pamela Uppal, directrice des politiques de l’ONN, explique que des facteurs externes – comme l’inflation, l’infrastructure limitée des soins (soins de santé, services de garde d’enfants, etc.) et l’idée générale que les gens se font à propos du rôle que notre travail a dans leur vie – vont à l’encontre des défis auxquels le secteur sans but lucratif fait face. Depuis les deux dernières années, le secteur est exploité en pleine situation de crise, forcé à décupler ses efforts avec moins de ressources et sans endroit adéquatement adapté aux circonstances en constante évolution et à la demande grandissante.  

« [Traduction libre] La crise des ressources humaines est toujours une préoccupation dans notre secteur. Nous avons constamment de la difficulté à recruter et à maintenir en poste des employé(e)s. Je pense toutefois que c’est différent en ce moment, car les choses se passent plus rapidement. La demande de services sera encore plus grande lorsque nous pensons à l’avenir. »

Pamela Uppal - Ontario NonProfit Network
Pamela Uppal
Cliquez pour voir la traduction française

L’ONN n’a pas les données nécessaires pour comprendre « où » vont les travailleurs et les travailleuses lorsqu’ils quittent le secteur sans but lucratif, ce qui gêne la compréhension des changements qui amélioreraient le recrutement et le maintien en poste des employé(e)s du secteur. Pamela dit qu’une chose est clair : la portée des programmes est limitée et plusieurs services ne sont plus offerts.  

« [Traduction libre] La population active est l’atout le plus important dans nos communautés; elle permet de servir leurs habitant(e)s. Nos communautés recevront les meilleurs soins si elles sont bien traitées. Nous devons continuellement bâtir une main-d’œuvre forte et résiliente, car le monde est en constante évolution. » – Pamela Uppal, directrice des politiques de l’ONN 

L’ONN élabore actuellement une stratégie du marché du travail du secteur et continue de parler en faveur de politiques publiques provinciales qui autonomise le secteur sans but lucratif à travailler plus efficacement. 

Crise d’au moins quatre couches 

Amber Bramer, gestionnaire du développement des ressources de Cornerstone – le Pilier logements pour femmes, a adressé les effets profonds de crises répétées (passés et actuels) sur les employé(e)s d’agences de services sociaux de première ligne.  

« [Traduction libre] Avant la pandémie, le secteur a fait face à l’épidémie des opioïdes alors qu’elle tentait de gérer la crise du logement et des sans-abris, situation pour laquelle notre ville a déclaré un état d’urgence. Ensuite il y a eu la pandémie mondiale qui a engendré une réduction drastique du personnel dans le secteur, et l’arrivée du convoi. »

Les travailleurs et travailleuses sociaux, la directrice administrative et d’autres membres du personnel administratif du Cornerstone ont tous assumé des rôles de première ligne pour soutenir la capacité du refuge. En travaillant constamment en situation de crise, le personnel a eu de la difficulté à atténuer les difficultés auxquelles ils faisaient face et à entretenir des liens avec les résident(e)s de sorte à assurer leur bien-être. 

Amber dit que le Cornerstone a eu de la difficulté à augmenter son effectif et à former le personnel actuel sur les enjeux émergents. Avant la pandémie, le centre recevait de 50 à 100 curriculums vitae, alors que pendant celle-ci, il est chanceux d’en avoir cinq. 

Amber Bramer, Cornerstone Housing for Women
Amber Bramer

En situations d’urgence, particulièrement pendant l’occupation des rues d’Ottawa, le refuge s’est fié à des agences de recrutement pour doter des postes, à des entreprises de sécurité pour garder les résident(e)s en sécurité, à des services de transport pour assurer la sécurité de son personnel entre le travail et la maison, et à des services de soins en santé mentale supplémentaires pour appuyer le personnel et les résident(e)s traumatisé(e)s. Ces dépenses imprévues exacerbent les pressions exercées sur les agences qui ont de la difficulté à pratiquer leurs activités en temps normal.  

« [Traduction libre] Le centre est le dernier arrêt pour les personnes en situation de crise. Le personnel de première ligne est épuisé; il fournit des soins aux personnes qui sont également traumatisées. Les ressources sectorielles sont limitées, et nous devons être plus proactifs pour permettre au personnel d’avoir ce dont il a besoin pour intervenir dans de telles situations. »

Amber explique que le secteur a besoin du soutien suivant pour traverser la prochaine situation de crise : 

  • planification et financement d’urgence pour les prochaines situations de crise; 
  • temps et emplacements pour dispenser de la formation et s’adapter aux nouvelles circonstances; 
  • emplois à temps plein et stables aux salaires équitables; 
  • moins de paperasse et délais d’approbation plus courts pour les occasions de financement; 
  • collaboration continue du secteur.  

Innovation qui solutionne les problèmes de capacité en milieu rural 

En 2020, les comtés unis de Prescott et Russell ont tiré parti du fonds de secours pour les services sociaux du gouvernement de l’Ontario pour soutenir le secteur pendant la pandémie.  

Lisa Deacon, cofondatrice de Datafest Ottawa, a collaboré avec les communautés dans le cadre d’un « groupe communautaire » pour trouver des solutions aux problèmes d’insécurité alimentaire dans Prescott et Russell. 

Le groupe, au départ constitué de 25 représentant(e)s de fournisseurs de services sociaux, avait pour but de trouver des solutions aux problèmes d’insécurité alimentaire malgré l’augmentation du coût des aliments, la fermeture de petits commerces, les problèmes de transport sur de vastes étendues et l’isolement grandissant. Celui-ci pouvait difficilement développer des nouvelles méthodes de travail et les adapter. 

Le groupe a ensuite embauché 75 personnes d’entreprises, de clubs de services et d’autres établissements qui souhaitaient aider leurs voisin(e)s, mais qui avaient besoin de conseils. 

Le groupe s’est appuyé de nouvelles personnes et de leurs domaines d’expertise pour simplifier le processus de préparation et de livraison de repas, pour créer des jardins communautaires et offrir des cartes-cadeaux pour la livraison urgente d’aliments (épicerie ou restaurant) aux personnes dans le besoin. En sollicitant l’aide d’autres travailleurs et travailleuses de première ligne (médecins, restaurateurs, thérapeutes par l’art, etc.), le groupe a pu atteindre les bonnes personnes sans avoir à inventer de nouvelles solutions. 

Grâce à des fonds d’innovation communautaire, Lisa et son équipe ont pu se tourner vers la communauté pour adresser les enjeux sociaux exacerbés par la pandémie. En aidant les habitant(e)s à mieux comprendre ces enjeux et en recevant une formation dans la cadre de notre réponse, nous réduisons les pressions sur le secteur des services sociaux. 

Lisa Deacon Datafest Ottawa
Lisa Deacon

« [Traduction libre] Nous devons valider nos partenaires et les informer. En formant plus de gens, nous les aidons à intégrer le marché du travail à long terme. »

Pour Lisa, créer des occasions de collaboration et inspirer des réseaux à agir fait partie de la solution continue aux défis en matière de capacité du secteur des services sociaux 

Collaboration pour adresser les besoins historiques en santé mentale et en toxicomanie 

Mark MacAulay, directeur administratif de Salus Ottawa – un fournisseur de logements supervisés pour adultes souffrant de problèmes de santé mentale – est membre d’un groupe de travail sur les ressources humaines relatives au réseau de santé mentale et de toxicomanie dans l’est de l’Ontario pendant la COVID-19. 

De concert avec d’autres agences locales du secteur de la santé mentale, le groupe a relevé les défis en matière de ressources humaines qui nuisent aux services en matière de santé mentale.   

Dans son mémoire budgétaire ontarien, Dépendance et santé mentale d’Ontario (DSMO) a cité que 40 % des personnes interrogées déclaraient que la compensation était le principal obstacle à la rétention du personnel. De plus, 26 % d’entre elles disaient que le stress, la charge de travail et l’épuisement professionnels étaient les principaux obstacles à la rétention du personnel.  

En plus de l’épuisement professionnel du personnel de première ligne, les défis décuplés auxquels le secteur de la santé mentale doit faire faire mènent à l’épuisement des leaders des agences; tous les niveaux de dotations sont vulnérables en ce moment.  

Les répercussions sur le secteur comprennent les suivantes : 

  • interruption de services et fermeture de programmes; 
  • besoins complexes des client(e)s qui épuisent le personnel qui est victime de traumatisme vicariant;
  • augmentation des temps d’attente, ce qui aggrave les défis auxquels les client(e)s font face (p. ex., nombre accru de surdoses et de décès liés aux opioïdes, nombre accru d’hospitalisations et problématiques multiples). 
Mark MacAulay

« [Traduction libre] Nous faisons face à un problème pluriannuel qui a été exacerbé par la pandémie. Le système comportait déjà des failles, qui se n’ont fait que s’agrandir en raison de la COVID. Nous vivons un moment historique et avons besoin d’aide supplémentaire. »

Mark met en évidence les façons dont la collaboration est la clé des solutions locales : 

  • les agences francophones ont hâte de collaborer sur une stratégie visant le partage de ressources humaines pour accroître les taux de recrutement et de rétention; 
  • les membres du groupe de travail s’engagent à mettre en œuvre des solutions proactives qui atténuent les défis les plus complexes; 
  • l’équité, la diversité, l’inclusion et l’intégration des personnes nouvellement arrivées au pays pour réagir aux difficultés en matière de dotation. 

Le réseau de santé mentale et de toxicomanie local appuie la demande de DSMO, soit une augmentation de 8 % du financement de base pour les agences de santé mentale et de toxicomanie. Il demande aussi un investissement axé sur la relance des organismes communautaires locaux afin d’améliorer les taux de recrutement et de rétention; d’intégrer des personnes nouvellement arrivées au pays; de prévoir la reprise organisationnelle; de veiller au bien-être des employé(e)s; d’améliorer la qualité des services; et plus encore. 

Modernisation, organisation et innovation nécessaire au maintien de la résilience 

Centraide United Way Canada a manifesté son intérêt d’agir à titre de l’un des bailleurs nationaux dans le cadre du Fonds de relance des services communautaires, un investissement prochain de 400 millions de dollars du gouvernement du Canada visant à aider les organismes caritatifs et sans but lucratif à s’adapter à la pandémie et à moderniser la façon d’offrir leurs services. Le délai du financement est à déterminer.   

Une chose est certaine : nous ne pouvons pas attendre que le gouvernement fasse le premier pas. Notre secteur continue de bâtir un avenir plus sain et fort pour nos communautés et de renforcer le filet de sécurité sociale qui nous appuie. Malgré les défis exacerbés auxquels les organismes font face, nous continuons d’élaborer des solutions concertées et novatrices. La fermeture de nos portes n’est pas une option.  

Centraide de l’Est de l’Ontario s’efforce d’avoir l’effet le plus palpable en collaborant, en créant des partenariats et en innovant pour adresser les besoins les plus importants auxquels les gens dans le besoin font face, et ce, bien avant le début de la pandémie.   

Cette année, alors que nous aurons des élections municipale et provinciale, nous collaborerons avec tous les ordres du gouvernement et tous les partis politiques pour investir et dans le secteur caritatif (et l’appuyer) pour soutenir les gens et l’infrastructure qui font fonctionner le secteur, ainsi que les communautés servies.   

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